Le Carnet d'Arsène
À l'atelier22 juillet 2026

Bien choisir ses rideaux : le pas-à-pas

Bien choisir ses rideaux : le pas-à-pas

Choisir ses rideaux, c’est un peu comme tailler une planche avant de l’assembler : si la mesure est bonne, tout coule. Si elle est bancale, tu le vois tout de suite et tu le regrettes longtemps. Dans cet atelier, je te prends par la main et je te montre, étape par étape, comment ne pas te tromper. Pas de catalogue interminable, pas de jargon de décorateur : juste les gestes d’un bricoleur qui a déjà posé une bonne centaine de tringles et qui a compris ce qui fait la différence entre un rideau qui habille et un rideau qui gâche.

Avant de se lancer

Avant même de regarder un seul tissu, pose-toi trois questions. Elles te feront gagner plus de temps que trois heures de lèche-vitrines.

D’abord : à quoi sert ce rideau ? Est-ce qu’il doit bloquer la lumière d’un réverbère dans la chambre, tamiser le soleil rasant du salon l’après-midi, ou simplement habiller une fenêtre de la cuisine sans boucher la vue ? La réponse détermine tout le reste.

Ensuite : quelle tringle as-tu, ou vas-tu poser ? On a tous connu ce moment où l’on achète des rideaux à œillets pour se rendre compte que la tringle est trop fine ou déjà fixée trop près du plafond. Mesure la tringle, sa longueur, son diamètre si tu as des œillets, et sa distance au mur. Crois-moi, cette vérification te sauvera d’un aller-retour en magasin.

Enfin : quel est ton budget, en vrai ? Un rideau peut coûter 15 € en prêt-à-poser comme 150 € en confection. Ni l’un ni l’autre n’est un mauvais choix. L’important, c’est de le savoir avant de tomber amoureux d’un tissu à 60 € le mètre.

Occultant, tamisant ou voilage

Voilà le cœur du sujet. On confond souvent ces trois familles, alors qu’elles ne jouent pas du tout le même rôle. Je les compare dans ce tableau pour que tu puisses trancher en une minute :

TypeLaisse passer la lumièrePréserve l’intimitéIsolation thermiqueIdéal pour
VoilageBeaucoup, lumière douceFaible : on distingue les silhouettesAucuneCuisine, salle à manger, pièce à vivre en journée
TamisantUn peu, lumière filtréeMoyenne : formes flouesLégèreSalon, bureau, chambre en complément d’un volet
OccultantRien ou presqueTotaleBonne, surtout avec doublure thermiqueChambre à coucher, salle de cinéma, chambre d’enfant

Un voilage tout seul dans une chambre, c’est le réveil assuré aux premières lueurs de juin. À l’inverse, un rideau occultant dans une cuisine, c’est la lumière allumée à 14 h en plein été. Ne sous-estime pas cet impact : il transforme ton rapport quotidien à la pièce.

Mon conseil d’atelier : dans les chambres, superpose un voilage et un rideau occultant sur une tringle double. Tu profites de la lumière tamisée la journée et du noir complet la nuit. C’est le meilleur des deux mondes.

La bonne hauteur et la bonne largeur

C’est ici que tout se joue. La différence entre un rideau qui fait « professionnel » et un rideau qui fait « je me suis dépêché » tient à quelques centimètres près.

La hauteur. La tringle se fixe toujours au-dessus de la fenêtre, jamais dans l’encadrement. L’idéal : à mi-chemin entre le haut de la fenêtre et le plafond — ou carrément au ras du plafond si tu veux donner de la hauteur à la pièce. Visuellement, une fenêtre standard de 120 cm paraît immense avec des rideaux qui partent du plafond et tombent jusqu’au sol.

Pour la longueur du rideau lui-même, trois options :

  • À fleur de sol (1 cm au-dessus) : le plus propre, celui que je recommande presque partout. Pas de balayage, pas d’usure prématurée.
  • En casse au sol (5 à 15 cm de surplus qui casse joliment) : très élégant, mais réservé aux pièces peu passantes. Dans un salon avec enfants et aspirateur, c’est un nid à poussière.
  • Sur appui de fenêtre : uniquement pour les radiateurs situés sous la fenêtre, ou pour une cuisine. Plus court, plus pratique, mais moins d’allure.

La largeur. Un rideau ne doit jamais être tendu comme un drap quand il est fermé. Compte une largeur de tissu égale à 1,5 à 2 fois la largeur de la tringle. Pour une tringle de 200 cm, il te faut entre 300 et 400 cm de tissu. C’est cette ampleur qui donne les belles vagues, le tombé souple. Un rideau trop étroit, même dans le plus beau tissu, aura l’air d’un torchon qu’on a étiré.

Accorder rideaux et pièce

Les rideaux ne flottent pas dans le vide. Ils dialoguent avec le mur, le sol, les meubles. Voici mes règles simples pour ne pas te planter.

Dans une petite pièce, évite les rideaux trop chargés ou trop sombres : ils mangent la lumière et rétrécissent l’espace. Préfère des tons clairs, unis ou à rayures verticales fines, qui allongent visuellement la hauteur sous plafond.

Dans une grande pièce, tu peux te permettre des couleurs plus affirmées et des motifs. Mais garde une harmonie avec le reste de la déco : un canapé en velours vert bouteille marié à des rideaux jaune moutarde, c’est un choix assumé qui peut être superbe… ou une catastrophe si le reste de la pièce ne suit pas. Pars d’une couleur déjà présente dans la pièce — un coussin, un tapis, un tableau — et décline-la sur les rideaux. L’œil fera le lien sans que tu aies à t’expliquer.

Côté matière, retiens ceci : le lin donne une élégance naturelle qui se bonifie avec les lavages, le coton est passe-partout et facile d’entretien, le velours apporte de la chaleur et isole du froid, et le polyester est imbattable en rapport qualité-prix pour les pièces humides. Si tu veux fabriquer toi-même la tringle, jette un œil à mon pas-à-pas pour fabriquer une étagère en bois : les mêmes gestes de menuiserie s’appliquent.

Le geste d’artisan qui change tout

J’ai gardé le meilleur pour la fin. Le geste que je montre à tous mes apprentis et qui transforme un rideau correct en rideau parfait.

Une fois tes rideaux posés, prends un vaporisateur d’eau et un fer à repasser. Vaporise légèrement chaque pan de tissu, du haut vers le bas, puis passe le fer à basse température en tirant doucement le tissu vers le sol. Ce que tu fais, c’est aider les fibres à se détendre dans le sens de la gravité. Les plis de l’emballage disparaissent, le tombé s’assouplit, et les ourlets se mettent naturellement en place.

Laisse refroidir une heure, puis recule-toi. Regarde l’ensemble. Les plis sont-ils réguliers ? La longueur est-elle uniforme d’un pan à l’autre ? Un petit réglage de dernière minute — 5 mm gagnés sur un ourlet, une agrafe de tringle déplacée — et tu passes du « pas mal » au « c’est toi qui as fait ça ? ».

Ce geste de repassage suspendu, c’est aussi le moment où tu prends conscience de ce que tu viens de réaliser. Comme quand tu relies ton carnet de maison après des semaines de notes éparpillées : la satisfaction de voir aboutir un travail patient, fait de tes mains. Et quand vient le soir, que la lumière s’allume dans la pièce et que le tissu tamise doucement les ombres, tu te dis que ces quelques heures valaient vraiment le coup.

FAQ

Faut-il obligatoirement des rideaux quand on a déjà des volets ?

Non, mais un volet ne remplace pas un rideau. Le volet protège de l’extérieur, le rideau habille l’intérieur. Une fenêtre sans rideau, même avec des volets roulants dernier cri, donne une pièce froide et inachevée. Sans parler de l’acoustique : un bon rideau en tissu lourd absorbe les résonances d’une pièce aux murs nus et améliore le confort sonore de façon spectaculaire.

Quelle longueur de rideaux choisir pour une fenêtre avec radiateur en dessous ?

Si ton radiateur est sous la fenêtre, ne fais pas tomber le rideau devant : tu bloquerais la diffusion de chaleur et tu gaspillerais de l’énergie. Opte pour des rideaux qui s’arrêtent juste au-dessus du radiateur, ou mieux, à l’appui de fenêtre. Tu peux aussi décaler le radiateur, mais c’est un autre chantier.

Rideau à œillets ou à pattes : lequel choisir ?

Les œillets sont modernes, faciles à poser et glissent sans effort sur la tringle. Ils exigent une tringle apparente, plutôt esthétique. Les pattes ont un charme plus artisanal, s’adaptent à n’importe quelle tringle, mais glissent moins bien. Si tu poses toi-même ta tringle et que tu veux un rendu net et contemporain, pars sur des œillets. Si tu récupères une tringle ancienne ou que tu aimes le style campagnard, les pattes seront parfaites.

Comment nettoyer ses rideaux sans les abîmer ?

Regarde toujours l’étiquette, mais en règle générale : lave-les à froid ou à 30 °C maximum, essorage doux, et surtout ne les mets pas au sèche-linge. Suspends-les humides directement sur la tringle : leur propre poids suffit à les défroisser. Un lavage par an, au changement de saison, suffit pour des rideaux de salon ou de chambre. Et n’oublie pas de sauvegarder tes photos de souvenirs avant d’enlever ces vieux rideaux qui ont vu grandir la famille : tu seras content de retrouver ces images un jour.


Tu vois, choisir ses rideaux, c’est d’abord une affaire de mesures justes et de bon sens. Une tringle posée à la bonne hauteur, une largeur de tissu généreuse, un type de toile adapté à l’usage de la pièce : avec ces trois repères en tête, tu ne peux pas te tromper. Maintenant que tu sais tout ça, à toi de jouer. Prends ton mètre, mesure ta fenêtre, et viens me raconter ce que tu as choisi.

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